Vous courez trois fois par semaine, tranquille, sans pression. Puis un jour, vous installez une application pour suivre vos kilomètres. Six mois plus tard, vous accélérez sur des portions de route sans savoir pourquoi, vous êtes déçu après une sortie facile, et vous culpabilisez de ne pas avoir battu votre record sur un segment que vous ne connaissiez même pas avant. Ce glissement, discret mais réel, touche énormément de coureurs amateurs. Et si le problème n’était pas la course à pied, mais la façon dont l’application transforme votre rapport à l’effort ?
Pourquoi Strava change la façon dont on court sans qu’on s’en rende compte
Au départ, l’intention est saine : suivre sa progression, garder une trace de ses efforts, se motiver un peu. Mais l’application intègre des mécanismes qui vont bien au-delà du simple compteur de kilomètres. Les segments, ces portions de parcours chronométrées et comparées à celles de milliers d’autres coureurs, créent une compétition permanente, invisible, mais bien présente. Vous ne courez plus seulement pour vous : vous courez contre des inconnus, contre votre propre historique, contre une notification qui vous annonce qu’un autre utilisateur vient de vous détrôner sur un tronçon que vous aviez oublié avoir couru vite un jour de grande forme. Ce phénomène a un nom dans la littérature du sport : la comparaison sociale. Elle joue sur des ressorts psychologiques puissants, ceux de la validation et de la reconnaissance, et elle pousse à repousser ses limites plus souvent qu’il ne le faudrait. Le corps, lui, ne suit pas toujours ce rythme dicté par l’écran. Les tendinites, les douleurs récurrentes au genou ou les fatigues qui ne passent pas sont souvent le résultat de ces accélérations non planifiées, imposées par le besoin de figurer en bonne position sur un classement dont on n’avait même pas connaissance six mois plus tôt.
Comment désactiver les segments et passer en mode privé pour courir libéré
Bonne nouvelle : il existe une solution simple, gratuite, et à la portée de tous. Il suffit d’aller dans les paramètres de confidentialité de l’application et de désactiver les segments compétitifs, ou de passer votre profil en mode privé. Concrètement, voici les étapes à suivre :
- Ouvrez les paramètres de votre compte
- Rendez-vous dans la section confidentialité
- Désactivez l’affichage sur les classements de segments
- Activez le mode profil privé pour masquer vos données aux autres utilisateurs
- Choisissez de partager vos sorties uniquement avec les personnes que vous suivez, si vous souhaitez garder un minimum de partage
Cette manipulation prend deux minutes, mais elle change tout. En désactivant ces fonctions, vous supprimez la charge mentale liée à la comparaison permanente. Plus besoin de vérifier si quelqu’un vous a doublé sur tel pont ou telle montée. Vous retrouvez une liberté d’allure, celle qui consiste à ralentir quand le corps le demande, sans avoir l’impression de perdre une bataille invisible. C’est aussi une manière concrète de prévenir le surentraînement, ce piège classique qui touche autant les débutants motivés que les coureurs plus expérimentés voulant toujours faire mieux. Le corps a besoin de cycles, de phases de récupération, et une application qui pousse constamment à la performance ne laisse pas toujours cette place essentielle au repos.
Le mot du coach : réapprendre à courir pour soi, pas pour les autres
Ce que je remarque souvent chez les hommes qui reprennent la course à pied, c’est cette tendance à vouloir tout de suite mesurer, comparer, prouver. C’est humain, et ce n’est pas un défaut. Mais la course à pied, à la base, c’est un moment pour soi, un espace où le corps respire, où l’esprit se vide. Les outils numériques sont utiles pour suivre sa progression sur le long terme, mais ils ne doivent jamais devenir le moteur principal de votre motivation. Mon conseil : gardez l’application pour ce qu’elle fait de mieux, à savoir enregistrer vos distances et votre allure moyenne, mais coupez tout ce qui vous pousse à vous comparer aux autres. Vous verrez rapidement une différence dans votre plaisir de courir, et votre corps vous remerciera en évitant les blessures liées à une cadence imposée par un écran plutôt que par vos sensations réelles.
La technologie peut être un excellent allié quand elle reste à sa juste place. En désactivant les segments et en passant en mode privé, vous ne perdez rien de votre suivi, mais vous gagnez énormément en sérénité. Alors, la prochaine fois que vous lacez vos baskets, demandez-vous simplement : est-ce que je cours pour moi, ou pour un classement que je n’ai jamais vraiment choisi de suivre ?

