Six mois. Six mois à voir ma mère s’appuyer vaillamment sur sa canne, du côté de sa hanche douloureuse, persuadée qu’elle protégeait ainsi son articulation fragile. Six mois de progrès minimes, de douleurs persistantes, jusqu’à ce qu’un kinésithérapeute pose un regard sur son geste quotidien et lâche une phrase qui a tout changé : « Vous la tenez du mauvais côté. » Comment une erreur aussi simple avait-elle pu passer inaperçue si longtemps, et surtout, combien de personnes commettent la même méprise ?

Le jour où j’ai cru bien faire en choisissant sa canne

Tout a commencé un matin d’automne, quand ma mère s’est plainte d’une douleur persistante à la hanche qui l’empêchait de marcher sereinement jusqu’à la boulangerie. Comme beaucoup de proches aidants, je me suis rendu en pharmacie pour lui trouver une canne adaptée, en prenant soin de vérifier la hauteur, le confort de la poignée et la stabilité de l’embout. J’avais fait mes recherches, ou du moins je le croyais. Une fois la canne réglée à la bonne hauteur, poignet aligné avec le pli du poignet quand le bras pend le long du corps, j’ai naturellement pensé qu’il fallait la tenir du côté où la douleur se manifestait. Cela paraissait logique : protéger la zone fragile en s’appuyant directement dessus, comme on soutiendrait un bras blessé avec l’autre main. Ma mère a adopté ce réflexe sans hésiter, et pendant des mois, elle a marché ainsi, convaincue de bien faire, sans jamais remettre en question ce geste devenu automatique.

La révélation du kiné qui a tout remis en question

C’est lors d’une séance de rééducation, motivée par l’absence d’amélioration malgré plusieurs mois d’utilisation régulière de la canne, que le kinésithérapeute a observé ma mère marcher dans son cabinet. En quelques secondes, il a identifié le problème et nous a expliqué un principe biomécanique aussi simple qu’essentiel : la canne doit toujours se tenir du côté opposé à la jambe douloureuse. L’explication est limpide une fois qu’on la comprend. Lorsque la canne est placée du côté sain, elle permet de reporter une partie du poids du corps sur ce membre valide au moment précis où la jambe douloureuse touche le sol. Ce transfert d’appui soulage directement l’articulation fragilisée, réduisant ainsi la pression et la douleur ressentie à chaque pas. À l’inverse, tenir la canne du côté douloureux, comme ma mère le faisait instinctivement, n’apporte aucun soutien réel à la hanche concernée et peut même déséquilibrer la démarche. Cette explication, aussi brève qu’évidente pour un professionnel, a été un véritable choc pour nous. Comment avions-nous pu passer six mois à côté d’un détail aussi fondamental ?

Ce que ce détail change concrètement au quotidien

Dès le lendemain de cette découverte, ma mère a inversé le côté de tenue de sa canne, et les effets ne se sont pas fait attendre. En quelques jours seulement, elle a ressenti une diminution notable de la douleur lors de ses déplacements, accompagnée d’une démarche plus fluide et moins hésitante. Le kinésithérapeute nous a également rappelé quelques repères essentiels pour une utilisation optimale de la canne : le coude doit rester légèrement fléchi, avec un angle d’environ 15 à 20 degrés lorsque la poignée est tenue, et la canne doit avancer en même temps que la jambe douloureuse, formant ainsi un appui synchronisé plutôt qu’un simple accessoire décoratif. Il est également recommandé d’adapter le rythme de marche à ce nouveau positionnement, sans précipitation, le temps que le geste devienne naturel. Ma mère a mis quelques semaines à intégrer pleinement ce nouveau réflexe, tant l’ancien était ancré, mais les bénéfices sur sa posture générale et sa confiance en marchant ont été rapidement visibles.

À retenir pour accompagner un proche dans ce genre de situation

Cette expérience nous a appris une leçon précieuse : même les gestes les plus simples du quotidien méritent d’être validés par un professionnel de santé. Un kinésithérapeute ou un podologue peut, en quelques minutes, repérer des erreurs qui semblent anodines mais qui influencent durablement le confort et la mobilité d’une personne âgée. Voici ce qu’il faut retenir et surveiller si vous accompagnez un proche utilisant une canne :

  • La canne se tient toujours du côté opposé à la douleur, jamais du même côté
  • La hauteur doit être ajustée au niveau du poignet, bras détendu
  • Le coude doit garder une légère flexion pendant la marche
  • Un contrôle par un professionnel est recommandé, même après l’achat

N’hésitez jamais à demander une vérification lors d’une consultation, surtout en période de reprise d’activité comme à la rentrée, quand les habitudes du quotidien se réinstallent après les vacances. Ce simple réflexe peut faire toute la différence dans le confort d’un proche âgé.

Cette mésaventure, aussi frustrante qu’instructive, nous rappelle que la mobilité des seniors repose parfois sur des détails invisibles à l’œil non averti. Alors, la prochaine fois que vous verrez un proche s’appuyer sur sa canne, prenez un instant pour vérifier : est-elle bien du bon côté ?

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