Avant de reléguer son airfryer au fond du placard par excès de prudence, mieux vaut regarder les choses en face. Ces dernières années, les PFAS se sont invités dans toutes les conversations liées à la cuisine, et l’airfryer, star incontestée des plans de travail, n’a pas échappé aux soupçons. Chaque soir, la même scène se répète dans des milliers de cuisines : on sort le panier, on aperçoit quelques rayures sur le revêtement, et une inquiétude germe. Et si cet appareil plébiscité pour sa praticité libérait, lui aussi, des substances toxiques à chaque utilisation ? Une étude récente de Que Choisir apporte des éléments de réponse concrets sur la composition réelle de ces revêtements antiadhésifs, et le verdict mérite qu’on s’y attarde.

À retenir
  • Une étude de Que Choisir n'a détecté aucune trace de PFOA, PFOS ou PFHxS dans six airfryers populaires testés en laboratoire.
  • Les revêtements contiennent du PTFE, mais celui-ci ne libère des particules qu'à partir de 260°C, température jamais atteinte par un airfryer.
  • Pour préserver le revêtement, mieux vaut utiliser des ustensiles en bois ou silicone et éviter de racler ou rayer le panier.

Pourquoi la peur des PFAS s’invite jusque dans l’airfryer

Les PFAS, ces fameux « polluants éternels », ont mauvaise réputation, et pour cause. Une précédente étude de l’UFC-Que Choisir, menée en janvier 2024, avait détecté des traces de ces substances dans les neuf modèles de poêles antiadhésives testés, y compris dans une gamme céramique pourtant annoncée comme « garantie sans PFAS ». De quoi jeter un sérieux doute sur l’ensemble des ustensiles de cuisson à revêtement antiadhésif, airfryer compris. L’appareil, avec son panier texturé et ses parois parfois rayées par des pinces trop agressives, est devenu un nouveau terrain d’inquiétude. D’autant que le sujet a pris de l’ampleur réglementaire : la loi du 27 février 2025 interdit, depuis le 1er janvier 2026, la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de cosmétiques, de farts à ski, de vêtements et de chaussures contenant des PFAS. Les ustensiles de cuisine, eux, restent pour l’instant exclus de cette interdiction et continuent d’être vendus librement. Un vide réglementaire qui alimente, légitimement, les interrogations des consommateurs.

Ce que révèle vraiment l’analyse en laboratoire de 6 modèles populaires

Pour en avoir le cœur net, Que Choisir a fait analyser en laboratoire les revêtements antiadhésifs de six airfryers parmi les plus répandus dans les cuisines françaises : deux Ninja, un Philips, un Tefal, un Princess et un Inventum. L’objectif était simple, traquer la présence des trois PFAS aujourd’hui interdits en raison de leur toxicité avérée, à savoir le PFOA, le PFOS et le PFHxS. Résultat : aucune trace de ces trois substances dans les revêtements testés. Une étude de Que Choisir montre ainsi que six airfryers ne comportent pas de PFAS interdits en raison de leur nocivité, ce qui constitue une nouvelle plutôt rassurante pour tous ceux qui utilisent cet appareil quasiment tous les jours. Pour rappel, le PFOA est classé cancérogène pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer, et son utilisation est aujourd’hui interdite en Europe, que ce soit pour la fabrication, l’exportation ou l’importation. Son absence confirmée dans ces appareils change clairement la donne par rapport aux craintes initiales.

PTFE et vieille poêle rayée : deux situations qui n’ont rien à voir

Les analyses n’ont pas révélé un revêtement totalement vierge de toute substance fluorée pour autant. Elles ont relevé la présence de fluoropolymères, dont le PTFE, principal composant du fameux Téflon. Mais voilà, contrairement à une poêle attaquée par des années de récurage énergique, cette présence n’a, à ce jour, aucun effet délétère connu aux températures de chauffe habituelles d’un airfryer. La raison tient à un simple seuil thermique, il faut atteindre 260 degrés Celsius pour que des particules de PTFE commencent à se libérer. Or, les airfryers du quotidien ne grimpent jamais jusque-là, même pour les cuissons les plus intenses. C’est précisément ce qui distingue cette situation de celle d’une vieille poêle sur une plaque de cuisson classique. Dans un airfryer, la température plafonne naturellement bien en dessous du seuil critique.

Ce que ces résultats changent concrètement pour l’utilisation quotidienne de son airfryer

Dans les faits, ces résultats invitent à relativiser sans pour autant baisser totalement la garde. Pour préserver le revêtement et limiter encore davantage tout risque de relargage, quelques habitudes simples suffisent :

  • privilégier des ustensiles en bois ou en silicone plutôt que des pinces ou spatules métalliques
  • éviter de racler énergiquement ou rayer les parois et les grilles du panier

Reste une zone d’ombre que l’étude ne balaie pas, celle de l’impact environnemental. Les fluoropolymères comme le PTFE sont des substances particulièrement stables et persistantes dans la nature, ce qui pose question aussi bien lors de la fabrication des appareils qu’au moment de leur mise au rebut. Le sujet est loin d’être clos sur le plan réglementaire, puisque le 9 octobre 2026, les associations Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth ont mis en demeure un fabricant français d’ustensiles de cuisson au sujet de l’utilisation du PTFE dans ses revêtements antiadhésifs. De quoi rappeler que la vigilance reste de mise, non pas tant pour la santé au quotidien que pour les enjeux environnementaux qui accompagnent la fabrication et la fin de vie de ces appareils devenus incontournables.

Au final, l’airfryer peut continuer à trôner sur le plan de travail sans mauvaise conscience côté santé. Un peu de douceur dans son entretien, et le tour est joué.

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